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UFR SMP
 

Brève histoire de la Faculté de médecine et de pharmacie en Franche-Comté 

 

« Alors dans Besançon vieille ville espagnole

Jeté comme une graine au gré de l'air qui vole » Victor Hugo[1]

 

« Ne vous souvient-il plus que l'amour est comme la médecine. » Pierre Choderlos de Laclos

 

 

L’Université de Franche-Comté est avant tout une idée très ancienne. Nous la devons au Comte de Bourgogne Othon IV (1248-1303) qui, régnant sur un espace plus vaste que notre Franche-Comté actuelle, avait souhaité implanter en 1287 et à Gray un lieu de savoir centralisé et polymathe. Si cette idée s’était concrétisée, l’Université comtoise aurait été l’une des plus anciennes de ce qui deviendra la France.
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Selon Thérèse RAVARD, « Deux milles praticiens environ, du XI ème au XVI ème, fréquentèrent et développèrent leurs connaissances au sein de vénérables institutions comme la Faculté de Médecine de Besançon »[2]. Car et la médecine sait être patiente, c’est en 1422 (ou 1423) que Philippe le Bon (1396-1467), en sa qualité de Comte de Bourgogne et administrateur de Franche-Comté, obtient du Pape Martin V (1368-1431) une bulle accordant l’érection à Dole, de l’Université. En la capitale actuelle du Jura, il existait alors trois facultés ou sections : celles des droits (canon et civil), de la théologie et ……de la Médecine. Enseignants comtois et étrangers donnaient alors à notre Université un rayonnement européen. Les chiffres du milieu du XVI èmeévoquent ainsi « 268 étudiants, dont 45 comtois et 223 étrangers »[3].
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Devant cette reconnaissance internationale, une deuxième chaire de médecine est créée en 1570. Selon Alain et Monique NEIDHART, on scinde alors les enseignements médicaux en deux catégories : « les matières dites naturelles et celles non-naturelles d’une part : anatomie, physiologie, hygiène sans oublier les matières naturelles ; et les matières surnaturelles et médicales d’autre part : clinique et thérapeutique»[4]. Puis en 1619, une troisième chaire consacrée à l’anatomie est créée et soutenue par les Souverains catholiques, Albert d’Autriche (1559-1621) et Isabelle (1566-1633). Discipline incontournable de l’époque, elle bénéficie même d’un amphithéâtre pour l’enseignement pratique.

 

Toutefois, la Pharmacie n’est pas en reste et dans l’ouvrage de Jean-Pierre MAURAT et Jean ROYER, L’Enseignement médical et pharmaceutique en Franche-Comté - Dole -Besançon, on apprend que « la première maîtrise des apothicaires de Franche-Comté fut établie par Lettres patentes de Philippe II, le 9 mars 1593, homologuées au Parlement de Dole, à l’adresse des apothicaires de Salins »[5].D’ailleurs, la Pharmacie en Franche-Comté, à l’instar de la Médecine, devra s’armer de patience car il faut attendre 1644 pour que la réglementation de l’apothicairerie soit reconnue comme « un métier juré »[6].
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Au XVII èmesiècle, La Franche-Comté devient le souffre-douleur de Louis XIV (1638-1715). Le « roi de guerre » qui est aussi un « roi malade »[7], conquiert la Comté comme il contracte les maladies, avec rapidité et violence. En 1678, le Traité de Nimègue donne définitivement la Franche-Comté au Royaume de France. Les résistants dolois perdent alors le statut de capitale au profit de Besançon où le Roi Soleil transfère l’Université en 1691. Enfin, la médecine est reconnue par le pouvoir royal et Louis XV (1710-1774) abolira le titre peu flatteur de « chirurgien-barbier » pour celui, plus convenable, de « Chirurgiens Royaux Jurés ».
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La Révolution et ses « coupes chirurgicales » dans le fonctionnement de l’Etat fait disparaitre l’enseignement de la médecine jusqu’au Premier Empire. Paradoxalement, la pharmacie bénéficiait des bonnes grâces des révolutionnaires car celle-ci « fut rétablie dans son organisation antérieure le 14 avril 1791, par un décret d’Eustache Livré »[8].
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Les Guerres napoléoniennes et le service de santé des armées vont alors former indirectement des chirurgiens et des médecins. À cette époque, l’enseignement de la médecine est rétabli et les cours pratiques dispensés à l’hôpital Saint-Jacques sont reconnus. Mais c’est en 1820 et sous la Restauration que Besançon renoue avec un enseignement légitime : l’Ecole Secondaire de Médecine est née. En 1841, la pharmacie y est intégrée pour former l’Ecole Préparatoire en Médecine et Pharmacie qui sera officialisée, « par application de l’ordonnance royale du 13 octobre 1840 »[9].
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Le XX èmesiècle et les Républiques accordent à notre organisme l’appellation d’Ecole Nationale en 1955.  Notre école, sous le poids de la poussée démographique, redevient en 1967 la « Faculté de Médecine et de Pharmacie ».

Au XXI ème siècle et après une absence de 173 ans, l’Unité de Formation et de Recherche des Sciences Médicales et Pharmaceutiques (UFR SMP) est, en France, l’une des rares facultés à associer un département de pharmacie à un département de médecine.
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Accueillant près de 6000 étudiants, plus d’une centaine d’enseignants hospitalo-universitaires, une trentaine d’enseignants chercheurs et une centaine de personnels ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, sociaux et de santé, l’UFR SMP est la composante la plus importante (en nombre) de l’Université de Franche-Comté.
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Afin de promouvoir une offre de santé et de qualité à partir des domaines d’excellence régionale, l’UFR SMP de Besançon a délaissé les bâtiments historiques de la Faculté de médecine de Saint-Jacques situés au centre de la ville de Besançon. La finalité d’un tel déplacement s’est faite pour rejoindre le Centre Régional Hospitalier et Universitaire (CHRU) de Besançon.
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Depuis 1958 et l’Ordonnance Debré[10], l’UFR SMP est liée (géographiquement et par convention) avec le CHRU où les étudiants suivent une partie importante de leur formation pratique (exemple des stages hospitaliers, les gardes, etc.).

Emmanuel BATAILLE

 

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[1] Victor Hugo, Les Feuilles d'automne (1831), éd. Flammarion, coll. Poésie/Gallimard, 1981 (ISBN 2070322068), p. 150.

[2] Thérèse RAVARD, Histoire et médecins de Franche-Comté, collection « Archives vivantes » Cabédita, octobre 2002, 193 pages.

[4] Alain et Monique NEIDHART, Histoire Brève de la faculté de médecine de Besançon, http://www.chu-besancon.fr/museum/museum_200710/histoire_faculte_medecine_besancon.htm

[5] Jean-Pierre MAURAT et Jean Royer, L’Enseignement médical et pharmaceutique en Franche-Comté - Dole -Besançon 1422-1997, Besançon, Cêtre, 1997, 207 p., 20 illustratiions.

[6] Pr. Olivier LAFONT, Revue d’histoire de la Pharmacie, 1998,  Volume 86, Numéro 317,  p.113

[7] Stanis Perez, La Santé de Louis XIV. Une biohistoire du Roi-Soleil, Seyssel, Champ Vallon, 2007, 410 p.

[8] Pr. Olivier LAFONT, Revue d’histoire de la Pharmacie, 1998,  Volume 86, Numéro 317,  p.114

[9] Alain et Monique NEIDHART, Histoire Brève de la faculté de médecine de Besançon, http://www.chu-besancon.fr/museum/museum_200710/histoire_faculte_medecine_besancon.htm

[10] Ordonnance n° 58-1373 du 30 décembre 1958 relative à la création de centres hospitaliers et universitaires, à la réforme de l'enseignement médical et au développement de la recherche médicale.